Le lièvre commun en France : populations, gestion et traditions de chasse
Figure emblématique des plaines françaises, le lièvre commun (Lepus europaeus) occupe une place particulière dans la faune sauvage et dans la culture cynégétique du pays.
Comme le faisan, le lièvre c’est LE gibier emblématique de l’ouverture de la chasse.
Reconnu pour sa rapidité exceptionnelle et son comportement méfiant, ce grand lagomorphe est depuis longtemps l’un des gibiers les plus recherchés par les chasseurs de petit gibier.
Pourtant, derrière cette tradition se cache aujourd’hui une gestion de plus en plus rigoureuse destinée à préserver les populations et à maintenir l’équilibre entre chasse et biodiversité.
Le lièvre commun, un coureur des plaines
Le lièvre commun est parfaitement adapté aux paysages ouverts. Ainsi, on le retrouve principalement dans les plaines agricoles, les prairies et les zones de cultures céréalières. Contrairement au lapin de garenne, il ne creuse pas de terrier. Le lièvre passe la journée immobile dans une légère dépression du sol appelée gîte, où son pelage brun lui permet de se fondre dans le décor.
Dès la tombée de la nuit, le « capucin » quitte son abri pour se nourrir. Son régime alimentaire est constitué de graminées, de plantes sauvages et parfois de jeunes pousses de cultures. Grâce à ses longues pattes arrière puissantes, il peut atteindre des vitesses dépassant 70 km/h, ce qui lui permet d’échapper à la plupart des prédateurs.
Cette capacité de fuite spectaculaire explique aussi l’attrait qu’il suscite chez les chasseurs, car la chasse du lièvre demande observation, patience et tir précis.
Des populations très variables en France
Les effectifs du lièvre commun en France ne sont pas homogènes. Certaines régions de grandes cultures conservent encore de belles densités, tandis que d’autres territoires ont connu un déclin notable au cours des dernières décennies.
Plusieurs facteurs peuvent influencer ces variations :
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l’évolution des pratiques agricoles
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la disparition de certains habitats favorables comme les haies ou les jachères
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les conditions climatiques pendant la reproduction
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la prédation naturelle (qu’il convient de réguler pour préserver les populations)
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certaines maladies touchant les lagomorphes
Les jeunes lièvres, appelés levrauts, sont particulièrement vulnérables durant leurs premières semaines de vie. Nés à même le sol, ils dépendent fortement de la qualité des couverts végétaux pour se dissimuler. Les conditions météo peuvent aussi fortement perturber ou compromettre leur durée de vie. (trop de pluie ou à l’inverse trop de chaleur)
Et, pour suivre l’évolution des populations, les fédérations départementales de chasseurs réalisent régulièrement des comptages nocturnes au phare. Car ces opérations scientifiques permettent d’estimer les densités et d’adapter la gestion cynégétique.
Une chasse traditionnelle mais très encadrée
La chasse du lièvre commun est l’une des formes de chasse les plus traditionnelles en France. Elle se pratique principalement à tir devant soi, souvent en marchant dans les plaines avec un chien d’arrêt ou un chien leveur (type springer spaniel)
Dans certaines régions, on pratique également la chasse avec chiens courants (Beagles ou Fauves de Bretagne). Ainsi, les chiens poursuivent le lièvre sur de longues distances pendant que les chasseurs se postent aux passages stratégiques.
Cependant, face aux fluctuations des populations, la gestion du lièvre est devenue particulièrement stricte. Ainsi les chasseurs doivent respecter des règles précises :
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quotas individuels de prélèvement
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limitation du nombre de jours de chasse
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plan de gestion cynégétique départemental (plan de chasse petit gibier)
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système de bracelets obligatoires pour chaque lièvre prélevé
Ces dispositifs permettent de limiter la pression de chasse et d’assurer une exploitation durable de l’espèce.
Le rôle des chasseurs dans la gestion du lièvre
Aujourd’hui, la gestion du lièvre commun repose en grande partie sur l’implication des chasseurs. De nombreuses sociétés de chasse participent activement au suivi des populations et à l’amélioration des habitats.
Plusieurs actions sont régulièrement menées sur le terrain :
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implantation de bandes enherbées favorables à la petite faune
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maintien ou plantation de haies
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création de couverts faunistiques
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limitation volontaire des prélèvements certaines années (année blanche)
Dans certains territoires, les chasseurs vont même jusqu’à suspendre totalement la chasse du lièvre pendant plusieurs saisons afin de permettre aux populations de se reconstituer.
Cette approche de gestion adaptative est aujourd’hui largement reconnue comme essentielle pour préserver les espèces de petit gibier.
Un indicateur de la biodiversité des campagnes
Au-delà de son intérêt cynégétique, le lièvre commun est souvent considéré comme un excellent indicateur de la santé des écosystèmes agricoles. Lorsque les paysages sont diversifiés, avec des haies, des friches et des cultures variées, les populations ont tendance à se maintenir.
À l’inverse, les zones agricoles très uniformes ou fortement intensifiées peuvent devenir moins favorables à la reproduction et à la survie des levrauts.
La présence régulière de lièvres dans un territoire traduit donc souvent un équilibre entre activité humaine, agriculture et biodiversité.
Une chasse qui reste un symbole du petit gibier
Malgré les évolutions des pratiques et les contraintes de gestion, la chasse du lièvre commun reste pour beaucoup de chasseurs un moment fort de la saison. L’observation d’un lièvre se levant dans un champ, sa course rapide à travers la plaine et la difficulté du tir font partie des scènes les plus marquantes de la chasse au petit gibier.
Plus qu’un simple gibier, le lièvre représente aussi un symbole des campagnes françaises. Où traditions cynégétiques et gestion moderne de la faune sauvage doivent aujourd’hui avancer ensemble pour garantir l’avenir de l’espèce.